Avant-propos

 

 

 

Interview réalisée par Lou Levesque, août 2019.

 

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m'appelle Philémon Le Guyader, je suis né en Bretagne un peu plus de cent ans après l'insurrection de La Commune de Paris, je suis auteur-poète, comédien et donc éditeur.

 

Avez-vous eu plusieurs vies ?

Certainement, mais durant toutes ces vies je suis toujours resté moi-même.

 

Quand et pourquoi avez-vous créé les éditions RAZ ?

J'ai créé les éditions RAZ à la toute fin de l'année 2015, au sortir d'une période de forte introspection qui avait tourné, pour ne pas me mentir, à une dépression sévère, j'avais tenu une autre maison d'édition précédemment, entre 2003 et 2010, que j'avais aussi créée, basée au départ à Montpellier puis ensuite à Douarnenez, en fabriquant moi-même les livres de façon artisanale.

 

Pouvez-vous expliquer cela ?

De quoi ?

 

L'introspection, la dépression.

Sincèrement, je vous le dis, mon monde imagé est en décalage avec celui proposé par les conventions sociales, j'ai besoin d'une certaine forme de liberté, de créer, d'avoir un horizon devant moi, horizon intérieur, fictif ou bel et bien réel.

 

Pouvez-vous nous présenter un peu plus les éditions RAZ ?

Les éditions RAZ que je présente et nomme dans l'autre sens, à savoir RAZ éditions, sont en quelque sorte mon joujou, mon chaton un peu sauvage, ma lune exotique.

 

Mais encore ?

Raz éditions, c'est moi, certes, mais un moi au contact des autres, et je sais aussi m'entourer quand il le faut, c'est le travail d'un bon éditeur ça, de bien savoir s'entourer, avec les bonnes personnes, des personnes compétentes, savoir aussi choisir les bons auteurs, les talentueux, ceux qui apportent quelque chose, je ne publie pas juste pour publier, je ne publie que ceux que j'aime, à l'instinct parfois, éditeur, c'est l'instinct, le ressenti, la passion, la vision, le regard, le recul, l'échange, le plaisir et... une certaine forme de talent.

 

Comment voyez-vous l'avenir de RAZ éditions ?

Il me semble avoir déjà posé de bonnes fondations, et cela en bientôt 4 années d'existence, j'ai mis en place différentes collections (4 pour être précis au moment de cette interview, dont 2 dites "collection de livres d'artistes"), trouvé de bonnes maquettes de livres pour ces différentes collections, il y a une identité, tout de suite reconnaissable, j'ai donc également trouvé les auteurs qui vont avec, le catalogue est assez limité en nombre mais c'est sa variété qui en donne aussi son intérêt, il y a des auteurs français mais aussi des étrangers dont j'ai fait traduire les livres qui pour certains d'entre eux avaient obtenu des prix prestigieux. Le fond de RAZ éditions est de faire connaître des auteurs encore assez méconnus sur le territoire français, et de qualité. En 2020, il est prévu que je publie un auteur japonais non encore paru en France, cet auteur aurait les capacités de paraître chez des éditeurs bien plus connus que RAZ éditions, il a déjà été publié chez un éditeur prestigieux en Italie. Je vais aussi créer une collection en lien avec l'Argentine après avoir déjà créé une en lien avec le Mexique.

 

Comment trouvez-vous les auteurs que vous publiez ?

Il n'y a pas de règles, parfois par hasard, d'autres sont venus vers moi et d'autres encore c'est moi qui suis allé vers eux, en tout état de cause, il faut une rencontre, une affinité.

 

Financièrement, comment faites-vous ?

Raz éditions ont des moyens financiers limités, nous fonctionnons sans aucune subvention ni aide publique, ce sont les ventes ou les souscriptions auprès de particuliers qui permettent de financer les projets suivants, et je peux vous dire que les ventes sont assez faibles... qui achète de la poésie en France ? Je fais tout cela par pur altruisme, je dois le dire, c'est probablement aussi cela qui me donne une certaine légitimité, je fais cela par passion, l'amour du beau et des mots, c'est quasiment un sacerdoce.

 


Philémon Le Guyader est un créateur polyvalent dont la carrière s’articule autour de la poésie, de l’édition artisanale et de la performance cinématographique. Ses maisons d’édition, DLC et RAZ, ont publié de nombreux recueils de poésie dont certains en bilingue, son travail de comédien l’a vu apparaître dans plusieurs films français, dont un sélectionné à Cannes, il a interprété à l'écran le rôle de l'auteur américain Jack Kerouac, depuis 2024 il s'est engagé dans la réalisation de films.

 

Diversité des voix. Publication d’auteurs émergents (ex. Grégory Rateau) et de poètes déjà établis (ex. Kikuo Takano, Luigi Fontanella, Marco Onofrio, Enzo Lamartora). Enrichissement du panorama poétique contemporain et visibilité accrue de jeunes talents (ex. Xavier Girot, Bruno Dario).

 

Bilinguisme & échanges culturels. Recueils bilingues français‑espagnol, français-breton, français-italien, collaborations avec des artistes mexicains, argentins, italiens, japonais et américains. Ouverture de la poésie française vers le monde hispanique et italien, création de ponts littéraires.

 

Éditions limitées & objets d’art. Livres associés à des gravures, sérigraphies ou objets (ex. Neige, Joue Maestro, Magique avec Helena Gath). Valorisation du livre‑poème comme objet d’art, renforcement du lien entre poésie et arts visuels.

 

Son approche multidisciplinaire (poésie + gravure, bilinguisme) a encouragé d’autres maisons d’édition à explorer des formats similaires.

 

Bien que les chiffres de ventes ou de citations académiques ne soient pas publiquement disponibles, les critiques littéraires et les retours de la communauté poétique soulignent régulièrement le rôle de RAZ dans la revitalisation de la poésie française contemporaine.

 

Visibilité médiatique. Présence dans des salons littéraires (ex. Salon du livre de Paris) et mentions dans la presse spécialisée. Augmentation de la notoriété de la poésie contemporaine auprès d’un public plus large.

 

Philémon Le Guyader a fait partie du Mouvement Insurrection poétique. Soutien à des projets d’avant‑garde et à des formes hybrides (poésie + performance). Stimulation de pratiques poétiques expérimentales, influence sur les scènes slam et performances live.

 

Points clés à retenir. RAZ se positionne comme un éditeur « artisan », privilégiant la qualité esthétique et la sélection instinctive des textes.

 

Sources : interviews de Philémon Le Guyader (2015-2024), catalogues RAZ, articles de presse littéraire (Le Monde, La Libre, Les Cosaques des Frontières etc.).

 

 

Article dans Strophe.fr le magazine de toutes les poésies, avril 2026.

 

Entretien avec l'éditeur de RAZ éditions, Philémon Le Guyader, par Grégory Rateau.

 

Philémon Le Guyader est un éditeur, poète et artiste aux pratiques multiples, à la croisée de la littérature, du théâtre et du cinéma. Il fonde en 2015, dans le prolongement d'une première expérience éditoriale, avec le désir de défendre des écritures singulières et exigeantes. Installée en Bretagne, la maison se consacre principalement à la poésie contemporaine et aux livres d'artistes, en privilégiant une approche indépendante, sans subventions. Son catalogue s'ouvre à des voix françaises et internationales, à travers des collections qui favorisent les échanges entre langues et cultures, RAZ éditions s'inscrit ainsi dans une démarche artisanale et engagée, attentive aux textes rares et aux formes libres.

 

GR : Qu'est-ce qui vous a poussé à fonder RAZ éditions en 2015, après votre première expérience dans l'édition ?

 

PLG : Après ma première expérience entre 2003 et 2010 où je confectionnais moi-même les livres dans mon atelier, j'ai fait une pause de quelques années, en 2015 j'ai fondé RAZ éditions utilisant la première expérience tout en partant sur de nouvelles bases, prenant un nouveau nom mais en gardant la sève initiale : la poésie.

 

GR : Comment définiriez-vous aujourd'hui l'identité éditoriale de RAZ éditions, entre poésie contemporaine et livres d'artistes ?

 

PLG : L'identité visuelle est identifiable via des couvertures spécifiques avec à chaque fois une identité propre à chaque collection. Étant attaché à la couleur chaque livre a une couleur différente, les formats peuvent différer suivant les titres mais la collection reste identifiable. Les auteurs sont actuels ou d'un passé récent, certains des auteurs étant déjà décédés lors de leur publication à RAZ et d'autres décédés depuis. Il y a des livres dits d'artistes plus particulièrement dans la collection en partenariat avec Helena Gath, livres au tirage de 20 exemplaires numérotés et signés par les deux auteurs, Helena Gath et moi-même, ces livres sont en bilingue français-espagnol, Helena ayant des origines argentines.

 

GR : En quoi votre ancrage en Bretagne influence-t-il votre rapport à la poésie et vos choix éditoriaux ?

 

PLG : Mon ancrage à la Bretagne s'il est effectif, n'est pas le socle de la ligne éditoriale de la maison d'édition, il y a tout de même une collection en bilingue français-breton mais les auteurs ne sont pas spécifiquement bretons. Mon rapport personnel est ancien, le lis et écris de la poésie depuis très longtemps.

 

GR : Quelle place occupent les voyages, notamment en Irlande, dans votre manière de lire, d'écrire et de publier ?

 

PLG : J'ai effectivement vécu un certain nombre d'année en Irlande mais pas que, Irlande où j'ai voyagé et travaillé en van, cette île suinte la poésie, poésie qui par écho est venue à moi naturellement, via les nombreuses situations et rencontres. J'ai écrit un road-movie fleuve qui se situe en Europe et les Amériques. 

 

GR : Votre parcours artistique est multiple ; comment ces différentes pratiquent nourrissent-elles votre travail d'éditeur ?

 

PLG : J'ai été artiste de cirque vivant de façon itinérante, j'ai aussi joué dans un certain nombre de films en tant que comédien, rôle de Jack Kerouac par exemple, et nouvellement à la réalisation ainsi que l'écriture de scénarios. Du cirque et du cinéma m'est venu le souci du détail, de l'observation et de l'exigence, rien n'arrive seule dans l'existence, je m'en sers pour retranscrire cela à l'édition, un point important : le plaisir et la passion.

 

GR : Comment percevez-vous la place actuelle de l'édition indépendante de poésie dans le paysage littéraire ? 

 

PLG : La poésie est par nature marginale dans la société française au sens large, au-delà même du paysage éditorial, cela ne date pas d'aujourd'hui, il faut s'en accommoder. 

 

GR : Quelles sont les principales difficultés à faire vivre une maison d'édition sans subventions ?

 

PLG : Les difficultés sont nombreuses, financières principalement, je ne me rémunère pas, je ne suis pas éditeur de poésie pour l'argent mais par altruisme, c'est la passion et le plaisir de faire découvrir des auteur(e)s qui me guide. RAZ poursuit son chemin sans se préoccuper du panel existant. 

 

GR : Votre catalogue s'ouvre à plusieurs langues et territoires : quelle ambition guide cette dimension internationale ?

 

PLG : Cette dimension internationale est guidée par mes rencontres, les auteur(e)r parfois étrangers, et leurs textes que je publie viennent de rencontres, mon ambition est de faire découvrir en France ces auteurs déjà reconnus dans leur pays.

 

GR : Selon quels critères choisissez-vous les auteurs que vous publiez ?

 

PLG : Le coup de cœur et l'instinct.

 

GR : Quelle vision portez-vous pour l'avenir de RAZ éditions ?

 

PLG : La vision temporelle se porte sur deux à trois ans, avec une adaptation possible au fur et à mesure, je ne m'interdis pas non plus d'arrêter l'édition et de partir en voilier aux îles Marquises, comme jadis Jacques Brel et Paul Gauguin. Pour paraphraser Henri Michaux : Je vous écris d'un pays lointain, ajoutant pour ma part : Ce pays lointain est au fond de moi-même.